Olfactif et gustatif en PNL : le pouvoir méconnu des odeurs et des saveurs
Il suffit parfois d'une odeur de pain grillé, de crème solaire ou de cire d'église pour être transporté des années en arrière, avec une précision et une émotion que peu de photos parviennent à susciter. Marcel Proust l'a immortalisé dans Du côté de chez Swann : une madeleine trempée dans une tasse de thé suffit à faire resurgir toute son enfance à Combray. Pour la PNL, ces expériences relèvent de deux systèmes de représentation discrets mais puissants : l'olfactif et le gustatif. Ce sont eux qui complètent le tableau du VAKOG.
L'olfactif et le gustatif : les deux sens discrets du VAKOG
Dans le modèle des systèmes de représentation, le O et le G viennent s'ajouter aux trois grands canaux que sont le visuel, l'auditif et le kinesthésique. Le système olfactif concerne les odeurs, le système gustatif les saveurs.
En pratique, la PNL les regroupe souvent avec le kinesthésique, et pour une bonne raison : il est rare qu'une personne pense ou communique principalement à travers les odeurs et les goûts. Ces deux sens jouent pourtant un rôle considérable dans nos émotions, nos souvenirs et nos relations, et la PNL s'en sert notamment dans le travail sur l'ancrage.
Pourquoi les odeurs réveillent-elles autant de souvenirs ?
Le lien entre odeurs et souvenirs a une explication biologique. Les informations visuelles, sonores et tactiles passent d'abord par un relais du cerveau, le thalamus, avant d'être traitées. Les odeurs, elles, empruntent un chemin beaucoup plus direct vers l'amygdale, impliquée dans les émotions, et vers l'hippocampe, essentiel à la mémoire.
Résultat : les souvenirs déclenchés par une odeur sont souvent plus émotionnels que ceux que réveillent une image ou un mot. La psychologue américaine Rachel Herz, de l'université Brown, l'a montré à plusieurs reprises dans ses travaux. D'autres recherches, menées notamment en Suède, ont observé que ces souvenirs olfactifs remontent souvent plus loin, jusqu'à la petite enfance. Les psychologues parlent parfois d'« effet Proust ».
Goût et odorat : un duo inséparable
Notre langue ne perçoit que cinq saveurs de base : le sucré, le salé, l'acide, l'amer et l'umami, cette saveur typique des bouillons et du parmesan identifiée au début du XXe siècle par le chimiste japonais Kikunae Ikeda. Tout le reste, la richesse d'un café, d'un fromage ou d'un vin, vient en grande partie de l'odorat : en mâchant, les arômes remontent vers le nez par l'arrière de la bouche. C'est pour cette raison que tout semble fade quand on est enrhumé.
En PNL comme dans la vie, ces deux sens fonctionnent donc presque toujours ensemble.
Comment reconnaître une personne sensible aux odeurs et aux saveurs ?
Même si ces systèmes sont rarement dominants, certaines personnes leur accordent une place particulière. On les reconnaît souvent à quelques signes :
- elles remarquent immédiatement l'odeur d'un lieu, d'une personne ou d'un plat ;
- un parfum trop fort ou une mauvaise odeur peut les incommoder au point de gâcher un moment ;
- beaucoup de leurs souvenirs sont liés à des odeurs ou à des repas ;
- elles décrivent volontiers ce qu'elles goûtent, avec précision ;
- elles choisissent un restaurant ou un logement en partie « au nez » ;
- elles emploient spontanément des expressions liées à l'odorat et au goût.
Les expressions olfactives et gustatives
Le français regorge d'expressions liées aux odeurs et aux saveurs, souvent employées sans même y penser.
Liées à l'odorat
- « ça sent le roussi » ;
- « avoir du flair » ;
- « avoir le nez fin » ;
- « flairer une bonne affaire » ;
- « sentir le coup venir » ;
- « ne pas pouvoir sentir quelqu'un » ;
- « avoir quelqu'un dans le nez » ;
- « la moutarde me monte au nez ».
Liées au goût
- « un goût amer » ;
- « c'est savoureux » ;
- « rester sur sa faim » ;
- « mettre l'eau à la bouche » ;
- « avoir un goût de trop peu » ;
- « avaler la pilule » ;
- « ne pas digérer une remarque » ;
- « c'est indigeste ».
Odeurs, saveurs et relations
Ces sens jouent un rôle plus important qu'on ne le croit dans nos liens avec les autres. Ce n'est pas un hasard si l'on dit « ne pas pouvoir sentir quelqu'un » pour exprimer une antipathie profonde.
Une étude menée en 2018 à l'université de la Colombie-Britannique a montré que des femmes exposées à l'odeur de leur partenaire, grâce à un t-shirt qu'il avait porté, se sentaient moins stressées face à une situation difficile. L'odeur familière d'un proche a donc un réel effet apaisant.
Le goût, lui, rassemble : partager un repas reste l'une des façons les plus universelles de créer du lien. En France, où le repas gastronomique est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO depuis 2010, on le sait mieux que partout ailleurs.
Utiliser les odeurs et les saveurs au quotidien
Créer un ancrage olfactif
L'ancrage, l'une des techniques phares de la PNL, consiste à associer un état intérieur à un déclencheur. Les odeurs font des déclencheurs particulièrement efficaces, justement parce qu'elles sont directement reliées aux émotions. Choisissez un parfum, une huile essentielle ou une crème que vous n'utilisez pas habituellement. Respirez-le à plusieurs reprises pendant des moments de calme profond, par exemple lors d'une séance de relaxation. Avec le temps, il suffira d'en respirer quelques notes pour retrouver une partie de cet état, avant un entretien ou au milieu d'une journée chargée. Pour d'autres façons d'apaiser la pression, consultez notre article sur le stress et l'anxiété.
S'aider des odeurs pour apprendre
Des expériences ont montré que sentir la même odeur au moment d'apprendre et au moment de se souvenir peut faciliter le rappel des informations. Si vous préparez un examen, associer vos séances de révision à une odeur discrète, puis la retrouver le jour J, est une astuce facile à tester.
Savourer pour revenir au présent
Manger en pleine conscience est un exercice classique de méditation. Prenez un aliment simple, un carré de chocolat ou un grain de raisin, et consacrez-lui une minute entière : observez-le, sentez-le, puis goûtez-le lentement en remarquant chaque saveur. Cet exercice ramène immédiatement à l'instant présent et apaise le mental.
Soigner l'ambiance olfactive de votre intérieur
Un intérieur qui sent bon influence directement l'humeur. Aérer chaque jour, installer quelques plantes aromatiques, cuisiner avec des épices ou allumer de temps en temps une bougie parfumée sont des moyens simples de rendre votre lieu de vie plus accueillant, pour vous comme pour vos invités.
Développer votre odorat et votre goût
L'odorat et le goût s'entraînent, comme le prouvent les parfumeurs et les œnologues. Quelques exercices simples pour commencer :
- Le jeu des épices. Les yeux fermés, demandez à quelqu'un de vous faire sentir différentes épices ou herbes de votre cuisine, et essayez de les reconnaître.
- Le carnet des odeurs. Pendant une semaine, notez chaque jour trois odeurs remarquées et le souvenir ou l'émotion qu'elles évoquent.
- La dégustation attentive. Devant un café, un thé ou un fruit, cherchez au moins trois arômes différents : fruité, grillé, floral, épicé.
- Le souvenir parfumé. Repensez à un lieu de votre enfance et cherchez son odeur : la cuisine de vos grands-parents, la mer, l'école. Laissez venir les images et les émotions qui l'accompagnent.
Des sens discrets, mais puissants
L'olfactif et le gustatif sont les grands oubliés du VAKOG, et pourtant ils touchent au plus profond de nos émotions et de nos souvenirs. Sans être le canal principal de la plupart des gens, ils colorent notre manière de vivre, d'aimer et de nous souvenir. Accordez-leur un peu d'attention : une odeur choisie peut devenir un ancrage de calme, un repas partagé un vrai moment de lien, et une simple bouchée savourée une pause bienvenue dans une journée trop pleine. Pour aller plus loin sur le lien entre sensations et émotions, notre guide pour gérer ses émotions prolonge cette réflexion.
Questions fréquentes sur les systèmes olfactif et gustatif
Que représentent le O et le G dans le VAKOG ?
Le O désigne le système olfactif, lié aux odeurs, et le G le système gustatif, lié aux saveurs. Ils complètent le visuel, l'auditif et le kinesthésique dans le modèle des systèmes de représentation de la PNL.
Peut-on avoir un système olfactif ou gustatif dominant ?
C'est rare. La plupart des gens privilégient le visuel, l'auditif ou le kinesthésique. Certaines personnes accordent néanmoins une place très importante aux odeurs et aux saveurs, souvent en lien avec leur métier ou leurs passions.
Pourquoi une odeur peut-elle réveiller un souvenir d'enfance ?
Parce que les odeurs sont traitées par des zones du cerveau directement liées aux émotions et à la mémoire. Les souvenirs qu'elles réveillent sont souvent anciens, précis et chargés d'émotion : c'est ce qu'on appelle parfois l'« effet Proust ».
Quels métiers pour les personnes sensibles aux odeurs et aux goûts ?
Parfumeur, œnologue, sommelier, cuisinier, pâtissier, aromaticien, torréfacteur ou fromager : de nombreux métiers reposent sur un odorat et un goût affûtés. En France, la ville de Grasse, berceau historique de la parfumerie depuis plusieurs siècles, reste l'un des lieux où se forment les « nez » les plus réputés au monde.
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.