La résilience : rebondir après les épreuves de la vie
Certaines personnes traversent des épreuves terribles, une maladie, un deuil, un licenciement, une séparation, un accident, et parviennent pourtant, avec le temps, à se reconstruire, parfois même à en sortir grandies. D'autres restent longtemps marquées par des difficultés en apparence plus légères. Qu'est-ce qui fait la différence ? Depuis une cinquantaine d'années, les chercheurs étudient cette capacité à rebondir, que l'on appelle la résilience. Leur conclusion est encourageante : elle n'est pas réservée à quelques héros, et elle se développe.
Qu'est-ce que la résilience ?
Le mot vient du latin resilire, « rebondir, sauter en arrière ». En physique, la résilience désigne la capacité d'un matériau à résister aux chocs. En psychologie, elle désigne la capacité à traverser une épreuve difficile, à s'y adapter et à continuer à se développer malgré elle.
Être résilient ne signifie pas ne pas souffrir. Les personnes résilientes ressentent la douleur, la peur et la tristesse, comme tout le monde. Mais elles parviennent, avec le temps, à retrouver un équilibre, à redonner un sens à leur vie et à se projeter de nouveau vers l'avenir.
Boris Cyrulnik et la résilience
En France, la notion a été popularisée par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, notamment avec son livre Un merveilleux malheur, paru en 1999. Enfant, il avait lui-même échappé de justesse à une rafle pendant la Seconde Guerre mondiale, après la déportation de ses parents.
Cyrulnik insiste sur une idée essentielle : on ne devient pas résilient seul. Il parle de « tuteurs de résilience » pour désigner les personnes qui, à un moment clé, offrent leur soutien, leur confiance ou simplement leur présence : un enseignant, un voisin, un ami, un grand-parent. Une seule rencontre bienveillante peut parfois changer une trajectoire.
Ce que dit la recherche
L'une des études fondatrices a été menée par la psychologue américaine Emmy Werner, qui a suivi pendant plusieurs décennies les enfants nés en 1955 sur l'île de Kauai, à Hawaï. Parmi ceux qui avaient grandi dans des conditions très difficiles, environ un tiers sont pourtant devenus des adultes épanouis et équilibrés. Leur point commun : au moins une relation stable et chaleureuse avec un adulte attentif.
Plus récemment, le psychologue George Bonanno, de l'université Columbia, a montré que la résilience est en réalité la réponse la plus fréquente face aux épreuves : la plupart des gens, après un deuil ou un événement difficile, retrouvent progressivement leur équilibre. La psychologue Ann Masten parle d'ailleurs de « magie ordinaire » : la résilience ne repose pas sur des qualités exceptionnelles, mais sur des ressources humaines très communes, comme les liens, la capacité à réfléchir, à s'adapter et à espérer.
La croissance post-traumatique
Les psychologues américains Richard Tedeschi et Lawrence Calhoun ont même observé que certaines personnes, après une épreuve majeure, décrivent des changements positifs dans leur vie : des relations plus profondes, un sentiment de force personnelle, de nouvelles priorités, une plus grande appréciation de la vie. Ils ont appelé ce phénomène la croissance post-traumatique.
Attention toutefois : il ne s'agit pas de dire qu'une épreuve est « une chance ». La souffrance reste la souffrance. Mais elle peut, parfois, s'accompagner d'une transformation.
Les piliers de la résilience
Les chercheurs ont identifié plusieurs facteurs qui favorisent la résilience :
- les liens sociaux : se sentir soutenu, entouré, compris ;
- le sens : avoir des valeurs, des projets, une raison d'avancer ;
- la confiance en ses capacités : croire que l'on peut agir sur sa situation, au moins en partie ;
- la régulation des émotions : pouvoir ressentir sans être submergé ;
- la flexibilité : s'adapter, voir les choses sous un autre angle, changer de plan si nécessaire ;
- un optimisme réaliste : espérer sans nier les difficultés ;
- l'hygiène de vie : le sommeil, l'activité physique et l'alimentation soutiennent la capacité à faire face.
8 clés pour développer votre résilience
1. Cultiver vos liens
Les relations sont le premier pilier de la résilience. Entretenez vos amitiés, osez demander de l'aide, acceptez qu'on vous soutienne. Notre article sur les relations saines propose des pistes pour renforcer vos liens.
2. Donner du sens à ce que vous vivez
Face à une épreuve, demandez-vous : qu'est-ce qui compte vraiment pour moi ? Qu'est-ce que cette situation m'apprend ? Le sens ne supprime pas la douleur, mais il aide à la porter.
3. Distinguer ce qui dépend de vous
On ne contrôle pas tout ce qui arrive, mais on contrôle en partie la façon d'y répondre. Concentrez votre énergie sur les actions possibles, même minuscules, et acceptez ce qui échappe à votre pouvoir. Cette idée, héritée des philosophes stoïciens, est développée dans notre article sur le stress et l'anxiété.
4. Accueillir vos émotions
La résilience ne consiste pas à serrer les dents. Reconnaître sa peine, sa peur ou sa colère, les exprimer et les partager permet de ne pas en rester prisonnier. Développer son intelligence émotionnelle renforce directement cette capacité.
5. Changer de regard
Une même situation peut être vécue comme une impasse ou comme un passage difficile. Chercher une autre lecture, sans nier la réalité, est une compétence clé des personnes résilientes. C'est le principe du recadrage en PNL.
6. Vous appuyer sur vos réussites passées
Rappelez-vous les épreuves que vous avez déjà traversées. Comment avez-vous fait ? Qui vous a aidé ? Quelles forces avez-vous mobilisées ? Ces souvenirs sont la preuve que vous avez des ressources, et elles sont toujours là.
7. Avancer par petits pas
Après un choc, les grands projets semblent inaccessibles. Fixez-vous de petits objectifs réalistes : vous lever, marcher dix minutes, appeler un ami. Chaque petite réussite reconstruit la confiance. Nos conseils pour développer la confiance en soi vont dans le même sens.
8. Prendre soin de votre corps
Sommeil, activité physique, alimentation régulière, moments de repos : ces bases paraissent simples, mais elles jouent un rôle essentiel dans la capacité à faire face au stress et aux épreuves.
La résilience n'est pas une obligation
Il est important de le rappeler : personne ne devrait se sentir obligé d'être résilient, ni coupable de souffrir longtemps. Chacun avance à son rythme, avec son histoire et ses ressources. Après un traumatisme, un deuil ou une épreuve majeure, se faire accompagner par un professionnel n'est pas un échec, mais souvent une étape importante du chemin. Notre article pour faire son deuil aborde plus spécifiquement la perte d'un proche.
Si les souvenirs d'un événement traumatisant s'imposent de façon répétée, si vous évitez tout ce qui le rappelle ou si vous vous sentez en alerte permanente, parlez-en à un médecin : ce sont parfois les signes d'un stress post-traumatique, qui se soigne.
Rebondir, à son rythme
La résilience n'est pas un don réservé à quelques personnes exceptionnelles, ni une armure qui empêcherait de souffrir. C'est une capacité humaine, faite de liens, de sens, d'adaptation et de petits pas, qui se construit tout au long de la vie. Chaque épreuve traversée, chaque main tendue acceptée, chaque petite victoire renforce cette force intérieure. Et comme le rappelle Boris Cyrulnik, personne ne rebondit seul : s'entourer est souvent la première étape pour se relever.
Questions fréquentes sur la résilience
Qu'est-ce que la résilience en psychologie ?
C'est la capacité à traverser une épreuve difficile, à s'y adapter et à continuer à se développer malgré elle. Être résilient ne veut pas dire ne pas souffrir, mais parvenir, avec le temps, à retrouver un équilibre.
La résilience est-elle innée ?
En partie seulement. Le tempérament joue un rôle, mais la résilience dépend surtout des ressources dont on dispose : les relations, le sens, la confiance en soi, la capacité à gérer ses émotions. Ces ressources peuvent se développer à tout âge.
Qui a inventé le concept de résilience ?
Le terme vient de la physique. En psychologie, il a été développé notamment par la psychologue américaine Emmy Werner, puis popularisé en France par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik à partir des années 1990.
Comment devenir plus résilient ?
En entretenant ses relations, en donnant du sens à ce que l'on vit, en se concentrant sur ce qui dépend de soi, en accueillant ses émotions, en avançant par petits pas et en prenant soin de son corps. Demander de l'aide fait aussi partie de la résilience.
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.