Accepter son corps : se réconcilier avec son image
Éviter les miroirs. Refuser d'aller à la plage. Se cacher derrière les autres sur les photos. Choisir ses vêtements non pas pour ce qu'on aime, mais pour dissimuler ce qu'on n'aime pas. Beaucoup de personnes entretiennent avec leur corps une relation difficile, faite de critiques, de comparaisons et parfois de honte. Ce mal-être peut peser sur la confiance en soi, les relations, la vie intime, et même le plaisir de vivre. Il est pourtant possible de faire la paix avec son corps, même sans le trouver parfait.
L'image du corps, une construction mentale
L'image corporelle ne correspond pas seulement à ce que montre le miroir. C'est la représentation que l'on se fait de son corps, et elle comprend :
- ce que l'on perçoit : la façon dont on voit sa silhouette, ses traits, sa taille ;
- ce que l'on pense : les jugements que l'on porte sur son apparence ;
- ce que l'on ressent : fierté, gêne, dégoût, indifférence ;
- ce que l'on fait : éviter certaines situations, vérifier son apparence, cacher certaines parties de soi.
Deux personnes à l'apparence très proche peuvent donc vivre leur corps de façon totalement différente. L'image corporelle dépend moins de l'apparence réelle que du regard que l'on porte sur elle.
Un mal-être très répandu
L'insatisfaction corporelle est extrêmement fréquente, chez les femmes comme chez les hommes, et à tous les âges. Chez les femmes, elle porte souvent sur le poids, le ventre, les cuisses ou la peau. Chez les hommes, elle concerne plus souvent la musculature, la taille ou la calvitie. Le vieillissement, la grossesse, une maladie ou un accident peuvent aussi bouleverser la relation à son corps.
D'où vient ce mal-être ?
Des normes de beauté étroites
La société valorise un idéal de beauté très précis et changeant, que la grande majorité des gens ne correspondent pas. Les images retouchées, les filtres et la sélection des corps montrés dans les médias rendent cet idéal encore plus inaccessible.
Les réseaux sociaux
Des études ont montré que le temps passé à regarder des photos sur les réseaux sociaux était associé à une plus grande insatisfaction corporelle, en particulier chez les jeunes femmes. On y compare son corps réel, vu sous tous les angles, à des images soigneusement choisies et souvent retouchées. Nous expliquons ce mécanisme dans notre article pour arrêter de se comparer aux autres.
Les remarques et les moqueries
Une remarque d'un parent sur le poids, des moqueries à l'école, un commentaire d'un partenaire peuvent laisser des traces durables. Beaucoup d'adultes se souviennent encore précisément d'une phrase entendue il y a des années.
Le lien avec l'estime de soi
Lorsque l'estime de soi est fragile, l'apparence devient souvent un terrain privilégié de l'autocritique. Le corps devient le lieu où se cristallisent tous les doutes sur sa propre valeur.
Les signes d'une relation difficile avec son corps
- éviter les miroirs, ou au contraire les vérifier sans cesse ;
- refuser d'être pris en photo ;
- renoncer à certaines activités : piscine, plage, sport, sorties ;
- porter des vêtements destinés avant tout à cacher ;
- se comparer constamment au corps des autres ;
- se critiquer durement en se regardant ;
- éviter l'intimité ou la vivre avec gêne ;
- penser que la vie commencera vraiment « quand j'aurai changé ».
Les approches pour se réconcilier avec son corps
L'amour de son corps
Le mouvement body positive encourage à aimer son corps tel qu'il est et à célébrer la diversité des corps. Il a permis de rendre visibles des silhouettes longtemps ignorées. Mais pour certaines personnes, passer de la critique à l'amour de soi paraît un pas trop grand, presque impossible.
La neutralité corporelle
La neutralité corporelle propose une étape intermédiaire : sans forcément aimer son corps, cesser de le détester. Il s'agit de moins se focaliser sur son apparence, de ne plus en faire la mesure de sa valeur, et de porter davantage attention à ce que le corps permet de vivre. Beaucoup de personnes trouvent cette approche plus accessible.
L'appréciation de ce que fait le corps
Des chercheuses néerlandaises ont montré que le fait de se concentrer sur les fonctions du corps, plutôt que sur son apparence, améliorait l'image corporelle. Votre corps vous permet de marcher, de serrer quelqu'un dans vos bras, de goûter, de danser, de respirer, de sentir le soleil sur votre peau. Porter l'attention sur ces capacités change profondément la relation à soi.
Comment apprendre à accepter son corps
1. Repérer son discours intérieur
Notez les phrases que vous vous dites en vous regardant. Beaucoup sont d'une dureté que vous n'accepteriez jamais envers quelqu'un d'autre. Prendre conscience de cette voix est la première étape pour la transformer. Notre article sur la critique intérieure propose des outils pour y répondre.
2. Changer de vocabulaire
Remplacez les jugements par des descriptions neutres. « J'ai des cuisses horribles » devient « Ce sont mes cuisses. Elles me portent toute la journée. » Ce changement peut sembler artificiel au début, mais il modifie peu à peu le regard.
3. Remercier son corps
Chaque jour, notez une chose que votre corps vous a permis de faire : une promenade, un repas savouré, un câlin, une journée de travail. Cet exercice, proche de la gratitude, aide à voir le corps comme un allié plutôt qu'un problème.
4. Faire le tri dans ce que vous regardez
Désabonnez-vous des comptes qui vous font vous sentir mal dans votre peau. Suivez plutôt des personnes dont les corps ressemblent davantage à la diversité réelle, ou des contenus qui n'ont rien à voir avec l'apparence.
5. Arrêter les vérifications et l'évitement
Si vous vérifiez sans cesse votre reflet, réduisez progressivement ces vérifications. Si vous évitez les miroirs, les photos ou certaines activités, réintroduisez-les peu à peu. L'évitement entretient la peur ; l'exposition progressive l'apaise.
6. Porter des vêtements confortables
Choisissez des vêtements dans lesquels vous vous sentez bien, à votre taille actuelle, plutôt que de vous serrer dans ceux d'hier ou d'attendre de rentrer dans ceux de demain. Se sentir à l'aise dans ses vêtements change beaucoup la façon dont on habite son corps.
7. Bouger pour le plaisir
Choisissez une activité physique pour ce qu'elle vous fait ressentir, et non pour transformer votre apparence : danser, marcher dans la nature, nager, faire du vélo. Le corps devient alors une source de plaisir plutôt qu'un projet à corriger.
8. Se traiter avec bienveillance
Les jours où le regard sur votre corps est plus dur, essayez de vous parler comme à un ami qui vous confierait la même chose. L'auto-compassion est particulièrement utile pour apaiser la honte liée au corps.
9. Élargir ce qui fait votre valeur
Votre valeur ne se résume pas à votre apparence. Listez ce qui vous rend unique : vos qualités, vos talents, vos valeurs, ce que les autres aiment chez vous. Plus votre identité repose sur des bases variées, moins l'apparence occupe de place. Nous abordons ce sujet dans notre article sur l'estime de soi.
Quand consulter ?
Il est important de demander de l'aide si :
- la préoccupation pour votre apparence occupe vos pensées plusieurs heures par jour ;
- vous êtes convaincu d'avoir un défaut physique que les autres ne remarquent pas ou jugent minime. Il peut s'agir d'une dysmorphophobie, un trouble qui touche environ 2 % de la population et se soigne ;
- votre relation à la nourriture, à l'exercice ou au poids devient source de souffrance, de contrôle excessif ou de culpabilité ;
- le mal-être vous isole, vous fait renoncer à des activités importantes ou s'accompagne de tristesse durable.
Un médecin traitant ou un psychologue pourra vous orienter. Pour les difficultés liées à l'alimentation, la Fédération française anorexie boulimie propose des informations et des contacts vers des structures spécialisées.
Habiter son corps plutôt que le juger
Accepter son corps ne signifie pas le trouver parfait, ni renoncer à en prendre soin. Cela signifie cesser d'en faire un ennemi. C'est un chemin progressif, qui passe par un nouveau regard, de nouvelles habitudes et beaucoup de patience. Votre corps n'est pas un décor à juger : c'est ce qui vous permet de vivre, de ressentir, d'aimer. Il mérite un peu de la bienveillance que vous accordez si facilement aux autres. Et si le regard sur votre apparence est chargé de gêne profonde, notre article sur la honte peut aussi vous éclairer.
Questions fréquentes sur l'acceptation de son corps
Comment accepter son corps quand on ne l'aime pas ?
Il n'est pas nécessaire d'aimer son corps pour l'accepter. On peut commencer par cesser de le critiquer, en le décrivant de façon neutre, en appréciant ce qu'il permet de faire, en limitant les comparaisons et en portant des vêtements confortables.
Qu'est-ce que la neutralité corporelle ?
C'est une approche qui propose de ne pas forcément aimer son corps, mais de cesser de le détester, en accordant moins d'importance à l'apparence et plus d'attention à ce que le corps permet de vivre.
Pourquoi est-ce que je n'aime pas mon corps ?
Le mal-être corporel vient souvent d'une combinaison de facteurs : des normes de beauté très étroites, la comparaison sur les réseaux sociaux, des remarques ou moqueries passées et une estime de soi fragile.
Quand faut-il consulter pour son image corporelle ?
Lorsque la préoccupation pour l'apparence devient envahissante, qu'elle porte sur un défaut que les autres ne voient pas, qu'elle s'accompagne de difficultés avec l'alimentation ou qu'elle isole et fait souffrir durablement.
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.